Pour de nombreux religieux de la Congrégation du Saint-Sacrement à travers le monde, faire un pèlerinage dans la patrie de saint Pierre-Julien Eymard n’est déjà pas une entreprise facile. Pour les religieux venant d’Asie, en particulier du Vietnam, un tel voyage est encore plus lointain et pose des limites. Tout au long de l’histoire de la Province vietnamienne de la Congrégation du Saint-Sacrement, bien que les religieux vietnamiens constituent aujourd’hui l’un des groupes les plus importants au sein de la Congrégation à l’échelle mondiale, seuls quelques-uns ont eu l’occasion de mettre les pieds sur la terre natale de notre saint Fondateur. La distance géographique, les frais de voyage et les conditions de vie restent des obstacles considérables pour de nombreux confrères.
C’est pourquoi le pèlerinage des religieux vietnamiens du Saint-Sacrement en mars 2026 peut véritablement être considéré comme une grâce exceptionnelle.
Avec l’autorisation du Supérieur provincial, le P. Joseph Phạm Đình Ái, SSS, trois religieux, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de leur profession religieuse, ont entrepris ce pèlerinage aux sources de leur vocation : le P. Joseph Vũ Quốc Bình, SSS, le P. Paul Mary Nguyễn Thanh Quang, SSS, et le P. Peter Nguyễn Văn Tường, SSS. Le programme a ensuite été élargi pour inclure plusieurs autres confrères de la Province, portant le nombre total de participants à dix.
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Plus qu’un simple voyage spirituel, ce pèlerinage est également né d’un profond désir de redécouvrir la source de la spiritualité de la Congrégation et de préserver l’héritage spirituel laissé par le père Eymard. Les confrères ont cherché à rassembler des photographies, des documents et des traces historiques liés au saint Fondateur et à l’histoire de la Congrégation, les considérant comme un trésor précieux pour la Province vietnamienne. |
Le groupe était dirigé par le P. Joseph Vũ Quốc Bình, SSS, chargé de la recherche et de la collecte de documents relatifs au père Eymard. Le P. Mar-Aug Bùi Văn Hồng Phúc, SSS, accompagnait et guidait le pèlerinage.
Le pèlerinage a duré trois semaines, du 1er au 21 mars 2026. Cependant, en raison de la situation conflictuelle au Moyen-Orient, l’itinéraire a dû être modifié à la dernière minute. Le vol de correspondance via Doha a été annulé, obligeant le groupe à modifier son itinéraire afin d’arriver en Europe dans les délais prévus.
La première semaine s’est déroulée à la Maison générale de la Congrégation du Saint-Sacrement à Rome. Les confrères ont été chaleureusement accueillis dans une atmosphère de fraternité authentique et d’esprit de famille.

Au cours de leur séjour, le Supérieur général, le P. Philip Benzy Romician, a conféré aux jubilaires la bénédiction apostolique à l’occasion de leur jubilé d’argent de profession religieuse. Ce fut véritablement un moment rempli de grâce pour les confrères de recevoir, de leurs propres mains, la bénédiction du Saint-Père par l’intermédiaire du Supérieur général.
Ces journées à Rome ont pris une signification profonde. Outre leur participation à une audience avec le pape Léon XIV, le groupe a également visité plusieurs lieux étroitement liés au père Eymard, tels que la basilique Sainte-Marie-Majeure et la maison des Rédemptoristes. C’est ici, à Rome, que les confrères se sont souvenus de la grande retraite de soixante-cinq jours que le père Eymard avait faite en 1865, alors qu’il attendait l’issue de son projet d’achat du Cénacle à Jérusalem. Cette retraite a marqué un tournant décisif dans sa vie spirituelle, le conduisant à prononcer son vœu de personnalité et à s’abandonner entièrement à Jésus dans l’Eucharistie.

À travers cette expérience, nous avons appris du père Eymard l’esprit d’humilité et d’obéissance devant la volonté de Dieu. Bien qu’il portât en lui de grands espoirs et de grands projets, il restait prêt à renoncer à ses propres désirs afin d’écouter la voix de l’Esprit Saint et de marcher selon les desseins de Dieu.
Si Rome a permis aux confrères de toucher au cœur de la spiritualité du père Eymard, la deuxième semaine à La Mure a été une rencontre profondément émouvante avec la terre natale du saint. Au cours des cinq jours passés dans la maison familiale du père Eymard, le groupe a fait un pèlerinage vers presque tous les lieux liés à son enfance et à son cheminement vocationnel. La communauté de La Mure a accueilli les confrères avec une chaleur et une générosité remarquables. Le père Jesu, accompagné de plusieurs autres membres de la communauté, a guidé et accompagné le groupe. Leur hospitalité, simple mais d’une profonde fraternité, semblait effacer toute distance. Ce n’était plus une terre étrangère, mais un véritable « foyer spirituel », où les confrères avaient le sentiment d’être revenus à la source de leur propre vocation.

Le P. Paul Mary Nguyễn Thanh Quang, SSS – un artiste qui a créé de nombreuses œuvres représentant le père Eymard et le village de La Mure – a confié avec émotion: « Peut-être devrais-je repeindre toutes mes œuvres. Car ce n’est qu’à présent, en étant présent ici, que je réalise que tout ce que j’ai peint auparavant ne reflétait qu’une infime partie de la réalité. »
De son côté, le P. Peter Nguyễn Văn Tường, SSS, a été profondément ému en s’asseyant près du lit où le père Eymard est mort: « J’ai l’impression d’être véritablement présent aux derniers instants de la vie de saint Eymard – un prêtre qui a consacré toute sa vie à l’Eucharistie. Je ne peux qu’espérer posséder ne serait-ce qu’un petit fragment de sa sainteté. »
De La Mure, le pèlerinage s’est poursuivi vers deux sanctuaires mariaux d’une grande importance dans le parcours spirituel du père Eymard: Notre-Dame du Laus et Notre-Dame de La Salette.

Là, les confrères ont pu ressentir plus profondément l’amour filial que le père Eymard portait à la Sainte Vierge Marie. Malgré les conditions difficiles des voyages au XIXe siècle, il a néanmoins effectué de nombreux pèlerinages vers des sanctuaires mariaux, tel un fils revenant sans cesse vers sa Mère.
Pour les membres du groupe, cela a été l’occasion de confier leur propre vocation à Marie, en lui demandant de les conduire à Jésus dans l’Eucharistie, tout comme elle avait autrefois guidé le père Eymard lui-même.
Le groupe a également visité de nombreux autres lieux significatifs, notamment les églises de Chatte et de Monteynard, la cathédrale de Grenoble, Saint-Romans et le sanctuaire de Notre-Dame de l’Osier. Chaque lieu a laissé sa propre empreinte spirituelle sur les confrères, ravivant en eux un zèle renouvelé pour vivre la spiritualité eucharistique selon l’esprit du père Eymard.

Au cours de la dernière semaine, le groupe a séjourné auprès de la communauté des Servantes du Saint-Sacrement rue Cortambert, à Paris. Bien que le couvent fût en travaux de rénovation, les sœurs ont accueilli les confrères avec une chaleur sincère et un véritable esprit de famille. Leur attention s’est exprimée non seulement à travers les repas fraternels, mais aussi à travers chaque sourire et chaque geste discret de gentillesse.
Sœur Maria Lê Thị Tho, conseillère générale des Servantes du Saint-Sacrement, a accompagné le groupe pendant son séjour à Paris. Elle a aidé à organiser les visites et a guidé les confrères sur les traces du père Eymard à Paris – du 88 boulevard Denfert-Rochereau (anciennement 114 Pavillon Chateaubriand, rue d’Enfer), où la Congrégation a vu le jour avec la première exposition du Saint-Sacrement le 6 janvier 1857, jusqu’à la maison suivante située au 66-68 rue du Faubourg-Saint-Jacques, aujourd’hui place de l’Île de Sein, dans le 14e arrondissement de Paris, où la communauté s’est installée moins de deux ans plus tard.
Les confrères ont également eu l’occasion de rendre visite aux Pères du Saint-Sacrement à la chapelle du Corpus Christi, au 23 avenue de Friedland, à Paris (8e), fondée en 1876. Ils ont surtout pu séjourner dans la première maison de noviciat de la Congrégation à Saint-Maurice — un lieu très cher au père Eymard et où il fit sa dernière retraite trois mois avant sa mort. Bien que le séjour n’ait duré qu’une journée et une nuit, ce bref moment a permis aux confrères de percevoir la vision profonde du père Eymard dans le choix d’un lieu de silence et de solitude pour la formation des novices.

Le P. Joseph Vũ Quốc Bình a déclaré: « Cet endroit me rappelle mes propres années de noviciat. Saint Pierre-Julien Eymard a vraiment fait preuve d’une remarquable clairvoyance en choisissant cet endroit comme maison de noviciat – un lieu de silence et de beauté, avec des jardins pleins de fleurs et d’arbres, propice à l’intimité avec Dieu. Il est vraiment regrettable qu’en raison de l’instabilité politique de cette période, la maison n’appartienne plus à la Congrégation. »
À la fin du pèlerinage, les confrères sont rentrés au Vietnam avec un profond sentiment de nostalgie. En quittant La Mure, en quittant la maison de Saint Pierre-Julien Eymard, en quittant des frères et sœurs qui partagent la même spiritualité, chacun a ramené chez lui non seulement des souvenirs chers, mais aussi une conviction renouvelée quant à l’identité de sa propre vocation.
Ayant vu de leurs propres yeux les lieux où Saint Pierre-Julien Eymard a vécu, ayant touché les traces, les documents et les souvenirs qu’il a laissés, les confrères ont ressenti plus profondément l’appel à continuer de vivre et de proclamer le mystère de l’Eucharistie dans le monde d’aujourd’hui, afin que Jésus dans le Saint-Sacrement soit toujours plus connu et aimé dans le monde entier.
Père Mar-Aug Bùi Văn Hồng Phúc, sss
